Quelques réflexions personnelles sur l'anarchie et la loi.
Un ami sur Mastodon essaie de passer le permis de conduire.
Il a entendu un autre étudiant dire quelque chose de la sorte «
de toute façon le code de la route ça sert à rien, quand j'aurais le permis, je ne le respecterais pas».
J'ai répondu avec un peu d'humour mais en le pensant quand même : «
Ça devrait être éliminatoire de dire ça.».
Ça m'a trotté dans la tête. Comment, moi, avec des valeurs que j'aimerais libertaires, je peux penser ça assez fortement pour ne pas me démentir alors que ça semble en contradiction avec l'anarchie.
Puis, peut-être que c'est tordre le monde dans le sens qui m'arrange, mais je suis arrivé à la réflexion suivante :
- Penser qu'interdire à quelqu'un de conduire parce qu'il a exprimé la volonté de ne pas respecter la loi est immoral est une pensée de légaliste Republicain. C'est penser que les principes de la loi et de la Justice (notez la majuscule), sont plus importants que les vies humaines.
Car il faut bien se rendre compte qu'on parle d'être à la tête d'engins qui peuvent rouler jusqu'à 150, 200 km/h et se rentrer dedans chacun à cette vitesse, entrainant des sur-accidents à l'instant même (carambolage), en attendant les secours, ou alors que l'ambulance fonce à toute berzingue pour essayer de sauver les victimes.
On parle aussi d'engins très chers dont certains ont à peine les moyens d'assurer les coûts de réparation, même avec une assurance, en comptant les franchises. Un petit accro peut mettre en péril, en situation de précarité toute une famille. Mais, dans le capitalisme, la voiture est l'engin malheureusement rendu nécessaire par le patronat, par la société de consommation pour s'approvisionner (que ce soit 1, en travaillant pour un salaire, puis 2, en allant faire ses courses dans le peu de temps "libre" qu'il nous reste)
- Le code de la route à été rédigée de manière autoritaire. Mais c'est le seul outil que nous avons à notre disposition pour réduire les risques dans nos déplacements automobiles. Refuser de le respecter est un acte antisocial, typique de l'égoïsme prôné par l'idéologie capitaliste. C'est emporter les autres dans nos propres prises de risques.
Le fait de vouloir refuser à quelqu'un de faire prendre des risques aux autres sur la simple base de ses déclarations est tout à fait normal et cohérent avec les valeurs communistes libertaires. La liberté de mettre en péril la liberté d'autrui à vivre n'est pas une liberté juste.
Pour autant, avoir cette idée ne me rendrait pas complice de la manière dont elle serait appliquée par la société autoritaire, c'est-à-dire légiférer, juger, punir. Et je serais évidemment revolté par une quelconque loi qui reprimerait un "risque" de commettre un delis sur seule base de déclarations orales.
Mais ce petit point, cela questionne beaucoup de choses sur l'existence même de voitures aussi dangereuses, de routes optimisée pour leur utilisation à des vitesses dangereuses, tout cela avec la complicité des pouvoirs autoritaires qui, dans le même temps, démantèlent le réseau ferroviaire et l'offre de transport ferroviaire, mais aussi le cloisonnement géographique des espaces d'habitats, de production et d'approvisionnement en s'appuyant sur la voiture et la livraison, ainsi que la monopolisation de l'exploitation et de la consommation dans nos emplois du temps (metro boulot dodo).
Dans cette toute petite friction mentale se déploie toutes les dérives de la société capitaliste.